Marchons, marchons…

Plus de 1 500 personnes le samedi 9 mars au centre de Metz pour dénoncer la crise que vit la biodiversité, des milliers de personnes les vendredis dans les rues de nombreuses villes de France pour défiler contre l’incurie des décideurs politiques face au péril climatique : cet élan populaire au secours de la planète n’a rien de spontané ou d’inédit parce que porté par cette génération qui sera bientôt en première ligne, lorsqu’il sera hélas trop tard pour agir.

A Metz, dans le cortège, il y avait plusieurs lanceurs d’alerte des années 1970, ces naturalistes lorrains qui s’efforçaient déjà d’informer tous azimuts et dans l’indifférence générale, de l’inquiétante érosion de la faune et de la flore de leur région. Un demi-siècle plus tard, leurs tempes ont blanchi, mais la motivation de ces pionniers est restée intacte. Ils étaient donc là, tout sourire, car confortés voire émus par la ferveur des jeunes gens qui marchaient à leur côté. Ils ont compris aussi que cette manifestation n’avait rien d’épisodique, qu’un pli solide avait été pris. Et il est temps : depuis les années 1970, le phénomène a changé de braquet : il n’est plus question d’érosion, mais bien d’effondrement de la diversité biologique. En France désormais, 60% des espèces végétales et animales sauvages et environ 70% des habitats naturels évoluent en équilibre sur le fil du rasoir. Dans le cortège messin qui, au passage, s’est déroulé sans le moindre débordement, un slogan revenait souvent, celui réclamant la plantation de haies, l’arrêt des épandages de pesticides… Bref la fin du modèle productiviste hérité des Trente glorieuses agricoles et de ce choc phytosanitaire qui fait que lorsque vous circulez dans notre belle campagne de Lorraine ou d’ailleurs, le pare-brise de votre véhicule n’est plus maculé de cadavres d’insectes. Plus d’insectes, plus de petits passereaux, mais plus de béton, notamment en périphérie urbaine. Dans les régions de l’Est comme dans tout l’Hexagone, l’artificialisation des terres n’est jamais rassasiée. Elle ne grignote pas, elle dévore. Toujours plus de ZAC, de parkings, de lotissements, d’infrastructures routières pour les irriguer et par effet ricochet, de trafic automobile.

Comment enrayer cette spirale infernale ? Faut-il croire aux promesses de la transition écologique pour réconcilier enjeux économiques ou sociaux et naturalité ? Du haut de ses 14 ans, Victor Noël, ce jeune mosellan initiateur de la marche messine a réussi a fédérer beaucoup de monde autour de lui le 9 mars dernier. Mais cet ado le sait : il faudra organiser d’autres démonstrations pour exprimer sa conviction et mobiliser encore plus largement contre l’inaction politique afin que bougent enfin les lignes et obtenir pourquoi pas ce que réclamaient en leur temps les pionniers de la protection de la nature : le simple respect du Vivant. Alors marchons !

Patrice COSTA

Photos par Pascal BROCARD

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