EDITO 3 : Moteur, ça tourne pour MaPlanet(e) !

C’est une géniale aventure, celle des plantes, diffusée en deux séries de 13 épisodes sur TF1 au cœur des années 1980,  une époque où il n’était pas encore question de transition écologique, où la menace du dérèglement climatique et de ses multiples retombées collatérales n’avait pas l’acuité d’aujourd’hui. Jean-Marie Pelt avait signé ce beau voyage au gré des subtilités et des sortilèges du règne végétal avec le réalisateur Jean-Pierre Cuny. Deux Lorrains au pupitre d’un chef d’œuvre dont la clarté des commentaires en voix off et les images fascinantes ont contribué à vulgariser la botanique à travers le monde par petites lucarnes interposées. Ce pari gagné méritait sans conteste le « 7 d’or » télévisuel du documentaire obtenu en 1987, un trophée médiatique alors très utile pour la promotion de l’écologie, « la seule idée neuve du XX° siècle », comme le répétait souvent Jean-Marie. Nul doute, bientôt trois ans après sa mort, que le précieux pédagogue qu’il était aurait apprécié l’initiative de son Institut européen d’écologie de réunir à Metz et à l’écran une sélection cosmopolite de courts et longs métrages qui traitent du rapport de l’homme avec son environnement.

L’empreinte des activités humaines sur l’écosystème terrestre ne date certes pas d’hier, mais à l’heure de la surinformation tous azimuts elle éveille de plus en plus l’intérêt des cinéastes de tous bords, de toutes les sensibilités et de tous les talents. Alors pourquoi ne pas leur offrir une tribune annuelle en terre lorraine ? Ce nouveau Festival international du film dédié à la Transition Ecologique est né de ce postulat. Il se tiendra du 16 au 18 novembre prochain au cinéma Le Klub en centre ville. Bâti sur un partenariat entre l’IEE et Michel Noll, un vieux routier du documentaire, le défi est baptisé MaPlanet(e). Premier constat : cette bonne vieille Terre reste un formidable terrain d’investigation comme en témoigne la liste de 80 films tous récents confiés à la sagacité d’un jury de présélection chargé de retenir une vingtaine d’épreuves candidates au podium final. De cet arbitrage difficile sont sortis des courts et longs métrages très variés : ici, c’est la biodiversité qui tient le spectateur en haleine, qu’elle soit encore en harmonie dans un milieu intact – quelle émotion insufflée par ces oursons et leurs mères au Kamtchatka ! –  que l’on s’échine à la sauver, comme pour ces derniers lémuriens des marais de Madagascar, ou que l’on s’acharne à la détruire à l’instar de la tragédie vécue par les malheureux kangourous australiens. Outre la nature et ses hôtes sauvages, les autres thématiques de l’influence de l’homme sur la planète sont là, du nucléaire et ses dérives aux méfaits de la pollution, de la révolution des biotechnologies aux effets de la globalisation mondiale sans oublier le réchauffement climatique.

Quelques jours après le Festival messin, la patate chaude du climat sera pour la 24ème fois au menu d’une Conférence onusienne, à Katowice en Pologne, très précisément. Trois ans après l’accord illusoire de Paris, les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en pleine forme, faute d’objectifs juridiquement contraignants et surtout d’ambition pour tenter de les neutraliser. Cette vingtaine de films en compétition est donc une bonne piqûre de rappel d’une situation qui nourrit des perspectives de plus en plus inquiétantes et désormais à moyen terme générationnel. Sans jamais verser dans le raccourci facile de la collapsologie, ce Festival grand public veut montrer sur à l’écran qu’il est toujours temps de s’imprégner puis des valeurs de cette écologie chère à Jean-Marie Pelt. Dans cet esprit, l’événement messin a aussi valeur de relais promotionnel de « la seule idée neuve du XX° siècle ». Alors moteur !

 

Patrice COSTA