EDITO 2 : L’alouette ne fait plus le printemps

Il a parlé de « honte », l’autre jour à l’Assemblée nationale en réaction à ce rapport scientifique qui démontre que les campagnes de France sont devenues un cauchemar pour la petite faune sauvage. Hulot a même réclamé un sursaut d’indignation face à ce crépuscule de la biodiversité dite «ordinaire», ce bruit de fond que produisent insectes et oiseaux qui tend inéluctablement à s’éteindre dans les terroirs. L’émotion du ministre de la Transition écologique a déclenché dans l’hémicycle les applaudissements debout des parlementaires de la majorité présidentielle et de ceux de la gauche. Mais dans les rangées de la droite, on est resté muet et scotché sur son siège. Hulot, on aime ou on n’aime pas, mais quand un sujet aussi sensible que celui de l’effondrement de la biodiversité interpelle la représentation nationale, pourquoi doit-il endurer la démonstration d’indifférence d’un pan entier de l’échiquier politique ? L’alouette des champs et toute la communauté de volatiles sédentaires ou migrateurs qui animent toujours le milieu rural de leurs chants apprécieront cette attitude pour quelques temps encore avant de disparaître comme l’appréhendent les auteurs du rapport.

Nous vivrons alors ce « printemps silencieux » que présageait la biologiste américaine Rachel Carson voici déjà un demi-siècle face à l’usage massif du DDT par l’agriculture de son pays. Cet insecticide a certes été interdit, mais rien n’a jamais empêché les cerveaux fertiles des chimistes de l’industrie des multinationales agroalimentaires de continuer à bouillonner pour inventer et répandre sur le marché une multitude d’autres tueurs de synthèse comme ceux qui constituent l’arsenal des néonicotinoïdes.

Sauf miracle ou changement de paradigme paysan, l’alouette ne fera donc plus le printemps. Ce passereau avait pourtant le mérite de revenir chaque année dans l’Hexagone. Une fidélité à connotation masochiste puisque en plus du bouleversement des méthodes culturales et de l’artificialisation des sols par l’urbanisation, sa terre d’accueil a toujours persisté à le chasser. Le tir de ces quelques grammes de plumes est autorisé partout sur le territoire à l’aide du fameux miroir, mais le Sud-Ouest se distingue par l’efficacité redoutable de ses techniques « traditionnelles ». En moyenne, près de 600 000 oiseaux sont pris à l’automne au piège de la matole ou de la pante, des engins terriblement meurtriers. En France, la tradition a la vie dure. En Europe, elle figure ainsi sur la plus haute marche du podium pour le nombre d’espèces dites chassables, soit un bestiaire de 87 animaux dont 64 variétés d’oiseaux. Un record et un rappel utile : en 2012, tout juste élu, Hollande avait affiché sa volonté de faire de la France un modèle en matière de biodiversité. Six ans plus tard, le retournement des prairies se poursuit tout comme l’arrachage des haies, le fractionnement des habitats naturels, l’épandage de phytosanitaires à grande échelle ou la course au bétonnage de l’espace et il n’a jamais été question de moratoire cynégétique pour les espèces-gibiers en déclin, comme l’alouette des champs.

Mais qu’importe : l’autre jour à l’Assemblée nationale, une majorité de députés a applaudi la réaction alarmiste du ministre Nicolas Hulot. A défaut de prendre enfin les mesures courageuses qui s’imposent pour éviter la perspective d’un printemps silencieux, un élan de compassion politique s’est spontanément manifesté pour l’alouette et ses compagnons d’infortune. C’est déjà ça…

Patrice COSTA
Mars 2018

En 25 ans, la population française d’alouettes des champs a perdu plus d’un tiers de ses effectifs et le phénomène  s’accélère.

Crédits photos Fabrice Cahez