EDITO 1 : L'effet Papillon

La mécanique médiatique en a fait ses choux gras l’espace d’une journée, ce temps qu’elle accorde habituellement aux événements qui n’ont pas la dimension choc puis séquentielle du gros fait divers. C’est une association, Générations futures, qui a levé le lièvre, analyse et tests à l’appui. Elle en a l’habitude, voilà plus de 20 ans que ce mouvement et son porte-parole, François Veillerette, traquent et dénoncent les retombées délétères de la chimie de synthèse sur l’environnement et par ricochet dans nos assiettes. François avait d’ailleurs participé au premier ThinkTank, de l’Institut européen d’Ecologie, présidé par Monsieur le Professeur Belpomme, sur le thème « Ecologie et Santé » en avril dernier.

Que dit l’association ? Près de trois fruits sur quatre et près de la moitié des légumes non bio présentés à l’étal contiennent des traces de pesticides. Jusque là, rien d’extraordinaire, juste une énième piqûre de rappel. Sauf qu’un élément nouveau est apparu. L’étude affirme que 3,5% des échantillons de légumes testés dépassent la limite maximale de résidus autorisés dans un produit alimentaire. Ce pourcentage est certes peu élevé, mais il a de quoi inquiéter au regard des incertitudes de l’impact sur la santé humaine des effets cocktails forcément induits par les mélanges de toutes ces molécules lâchées en masse dans la nature depuis des décennies. D’autres représentants du monde vivant ont déjà subi de plein fouet les répercussions de l’addiction aux pesticides.

En 2014, il y a eu ce cri d’alarme des ornithologues effarés par la disparition de 420 millions d’oiseaux communs en 30 ans en Europe et plus récemment, une étude a dévoilé que l’Allemagne avait perdu les trois quarts de ses insectes volants en 27 ans ! Quand s’arrêtera le calvaire vécu par la biodiversité depuis les Trente Glorieuses agricoles ? Car c’est bien l’intensification des pratiques culturales qui est en majeure partie à l’origine de ce déclin.
Toutefois, si le dogme productiviste reste enraciné dans les campagnes, les pollinisateurs et leurs petits prédateurs à plumes ont désormais quelques raisons d’espérer dans les villes et leur périphérie.

Echaudé par la succession des crises sanitaires, le consommateur regarde son assiette de plus près. Il favorise ainsi les circuits courts et réveille les ambitions de l’agriculture biologique qui devrait atteindre cette année plus de 8 % de la surface agricole utile.
C’est aussi en ville que le législateur a bousculé l’hégémonie du droit à polluer, interdictions à la clé. Voilà pourquoi dans nombre de jardins urbains, on voit à nouveau voleter des abeilles ou ces charmants lépidoptères qui les avaient autrefois désertés.
L’effet papillon contre l’effet cocktail de la toute puissante chimie. Peut-être enfin un signe positif.

Equipe IEE
Février 2018

Papillon Tabac d’Espagne sur Lavande 
crédits Photos Patrice Costa